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Número 13 | Janeiro - Junho 2013 ISSN 1646-740X
 

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Recensão
DUMASY, Juliette - Le feu et le lieu. La baronnie de
Séverac-le-Château à la fin du Moyen Âge
. Collection
«CTHS histoire», 46, Paris: CTHS, 2011

 

Stéphane Boissellier
Université de Poitiers,
Centre d'Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale. Poitiers, France
boissell@orange.fr

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L’approche des structures sociales et des rapports de production dans les campagnes médiévales, fleuron de l’historiographie française jusqu’aux années 1980, se raréfie dangereusement. Nous pensons être d’un certain intérêt d’informer les médiévistes du Portugal, pays où ce secteur de la recherche se maintient mieux, des meilleurs travaux français qui persistent à analyser, en dépit des effets de mode, les ressorts collectifs des sociétés médiévales, surtout quand ces travaux ont un ancrage régional qui risque de les condamner injustement à la confidentialité. Les remarques qui suivent trouveront, nous l’espérons, d’autant plus d’écho chez nos collègues portugais que le livre présenté ici traite de questions qui entrent dans les champs de recherche les plus actifs de la médiévistique portugaise: les paysages agraires (I. Gonçalves), la maison rurale (M.-S. Conde), l’exploitation agricole (A. Marques, R. Dias), la dynamique du peuplement (L.-C. Amaral), la cellule familiale roturière (M.-L. Rosa, A. S. Melo)…

Juliette Dumasy est actuellement Maître de Conférences à l’université d’Orléans. La recherche de cette jeune historienne est issue d’une thèse de doctorat (sous la direction de Monique Bourin, qui d’ailleurs l’agrémente d’une belle préface), préparée à la Sorbonne et soutenue brillamment en 2008. Le livre, consacré à une petite zone du Rouergue (à l’extrême sud-ouest du Massif Central), est composé de trois parties (chaque partie comprenant cinq chapitres, dans un parfait équilibre rhétorique); la première exploite, dans toutes ses dimensions possibles, un exceptionnel document iconographique datant de 1504; la deuxième aborde frontalement les dimensions économiques et sociales de la richesse; la troisième est explore la dimension spatiale de l’exercice du pouvoir.

Il s’agit d’un volume dense et copieux mais de taille raisonnable (430 p.), d’une facture irréprochable: le texte est typographiquement excellent, parsemé de graphiques, cartes, reproductions… de grande qualité; certes, le format du livre ne peut guère rendre justice à la splendide vue figurée du Sévéraguès[1], qu’il réduit à 1/10 de sa taille ! On voudrait presque encore plus de cartes, par exemple pour localiser les déplacements des migrants (analysés au chap. 10) ou pour mieux comprendre l’inéquation entre paroisses et mandements seigneuriaux. Les annexes, d’une vingtaine de pages, évitent la pléthore et sont d’un grand intérêt, publiant (avec traduction) quelques actes importants et surtout les extraits d’un beau compoix en occitan.

Une autre – et non la moindre – des vertus originales de ce travail est sa forme littéraire: malgré la complexité et la technicité des problèmes abordés, le style est clair et fluide, souvent élégant, parfois heureusement narratif. Souvent brèves, les phrases sont toujours bien scandées, ce qui agréable en soi mais constitue surtout une grande qualité pédagogique; on souhaiterait seulement un usage un peu plus intensif des virgules...

L’architecture globale du propos sert efficacement le questionnement. Les introductions et conclusions partielles sont systématiques, peut-être un peu aux dépens d’une introduction et d’une conclusion générales, plus brèves; le lecteur, même spécialiste, a besoin d’être soutenu par ces respirations régulières. La structure interne de chaque grande section est d’une logique incontestable, surtout en 2e partie, fondée sur une progression méthodique, qui, au risque de prendre des hypothèses pour des acquis, débouche sur une compréhension remarquable des comportements micro-économiques et des effets de système macro-économiques. En s’attachant fortement à l’exploitation de cette magnifique source qu’est la vue figurée du Sévéraguès, la 1e partie est organisée comme un parcours descriptif, logique certes mais un peu énumératif – ce sont les 2e et 3e parties qui en fournissent les interprétations (i.e. les inter-relations, immatérielles, entre les différentes échelles) –; il est vrai que Juliette Dumasy (JD) n’hésite pas, par exemple, à anticiper l’étude de la stratification sociale pour éclairer les différents types de maisons.

Un vieux réflexe, un peu absurde peut-être, nous inciterait à vouloir connaître dès le début l’organisation juridictionnelle globale – pour saisir l’origine des impôts qui sont évoqués en 2e partie, notamment –, alors qu’il faut attendre la dernière partie pour aborder les jeux de l’autorité; mais ce choix est en fait excellent, car il faut récuser, contre l’absurde tradition disciplinaire des «Sciences Politiques», l’idée que «la» politique serait une chose en soi, alors que le pouvoir n’est qu’un aspect du lien social. Plus sérieusement, si sa position est logique (en rapport avec les migrants), surtout dans une approche micro-historique de démographie familiale, l’étude de la conjoncture démographique, en fin de 2e partie, vient bien tard, car c’est un facteur important des structures patrimoniales et du peuplement, surtout dans une logique macro-historique.

On pourrait discuter de quelques intitulés (le chapitre 8, dont le titre réduit à la «fortune» la belle étude des structures agraires et le chap. 15, qui aborde plus le peuplement comme un maillage, sous forme de notices successives d’habitats, que comme un «réseau», au sens fonctionnel) ou de la localisation de tel chapitre (encore le 15, qui, dans la 3e partie consacrée aux relations de pouvoir, donne l’impression que l’organisation d’ensemble du peuplement est un volontarisme politique); mais ces formulations expriment aussi des choix épistémologiques clairs et courageux. Les analyses relatives au rôle des églises dans la hiérarchisation du peuplement gagneraient à être regroupées, car on est surpris, dans les pages consacrées à la polarisation ecclésiale, de ne voir d’abord les églises que dans leur rôle de fortification. Et c’est finalement l’organisation du propos, plus que la stratégie de recherche, qui provoque le principal regret, c’est-à-dire la dilution, sans synthèse, de quelques problèmes majeurs, comme la hiérarchisation fonctionnelle des habitats et la territorialisation: la thèse fournit des acquis majeurs à leur traitement mais ne les aborde pas en tant que tels, par crainte de l’abstraction peut-être?

Mais on retiendra surtout que la démarche est constamment justifiée et que le propos est d’une grande cohérence, par des renvois constants à toutes les parties du texte; cette simple méthode d’exposé, avec sa dimension pédagogique, révèle une approche globale et une capacité de synthèse qui réussissent à combiner des données très différentes. En outre, des dossiers viennent régulièrement se juxtaposer au discours général, et, en l’étayant, évitent l’abstraction de la (nécessaire) généralisation. Un autre point positif consiste dans les petites leçons générales qui éclairent des points pas forcément connus du profane (comme le système juridique de la tenure, au chap. 11).

Le travail d’érudition est également irréprochable. La bibliographie est très complète et manifestement maîtrisée, même si on relève une tendance, tout à fait excusable, à utiliser en notes (donc comme appui concret de la réflexion) plutôt les références érudites et techniques que les perspectives larges et les analyses plus conceptuelles. Bien sûr, avec la production océanique actuelle, on peut toujours amplifier les lectures, notamment en langue étrangère[2]; un article de synthèse de M. Bochaca sur les rapports villes-campagnes aurait pu aussi nourrir la réflexion[3]. Mais serait-ce bien rentable? – au moins, tout ce qui est cité a été lu, et c’est déjà considérable – même si l’absence fréquente de référence de page(s) est un peu gênante.

L’inventaire des sources montre une parfaite maîtrise du travail en archives; pour une zone sous seigneurie laïque, le repérage et la reconstitution des chartriers est un jeu de piste difficile... Même s’il n’est jamais chiffré, le volume de la documentation utilisée est considérable: le tri opéré dans la centaine de registres notariaux manifeste l’étendue de l’exploration. Peut-être l’étude de «l’économie ecclésiale» (J. Chiffoleau) – et donc, éventuellement, de la fonction spatiale des églises – aurait pu être enrichie par les registres issus de la fiscalité pontificale du XIVe siècle, à l’Archivio Segreto Vaticano; n’y a-t-il pas non plus des visites pastorales qui pourraient éclairer l’architecture religieuse et des lettres de rémission royales susceptibles de révéler les pratiques et les conflits sociaux?

Dans cette documentation, la présence, déjà importante, des langues vulgaires (occitan et français) à côté du latin complique encore l’abord et exige une maîtrise linguistique, patente dans la belle analyse des vocables fortement idiotiques désignant les terres (laborativas et payssivols) et dans le très utile lexique occitan placé en fin de volume. L’absence de données archéologiques a été palliée du mieux possible par un travail de topographie très attentif sur le terrain: la minutieuse observation des églises et des fortifications permet ainsi de compléter et valoriser les données iconographiques, qui sont parfois d’une précision stupéfiante. Malgré l’originalité de la démarche méthodologique, on peut rester un peu plus sceptique sur le recueil de données orales – qui auraient pu être avantageusement remplacées par les enquêtes ethnographiques du XIXe siècle –, car leur usage suppose une immobilité de la tradition en milieu rural.

Cette maîtrise et cette audace heuristiques s’accompagnent d’un véritable «sens du document» (un talent presque intuitif), présent tout au long du texte: le contenu «social» des sources est toujours mis en rapport avec les modalités (les limites) techniques de l’écrit – ainsi, la belle analyse du compoix de 1450, aux pp 149 sq. Certes, la confiance presque naïve, au départ, dans la capacité des sources à éclairer les attitudes économiques jusqu’aux familles rurales «de base» a subi la loi de l’expérience. L’habileté à «sentir» les textes pourrait même être développée vers une véritable étude des rapports entre histoire et écriture, notamment de l’emploi de la langue vulgaire. Cette sensibilité critique est d’autant plus méritoire que, loin des spécialisations étroites, JD réussit à maîtriser parfaitement un corpus très diversifié, dont une source iconographique d’un genre encore mal connu, exigeant des connaissances techniques pointues et peu répandues parmi les historiens.

Grâce à l’ampleur des lectures et à un sens critique aigu, le travail heuristique est excellent: les conceptions de l’espace présidant à la confection de la vue figurée sont décortiquées avec maestria, la lexicographie des vocables résidentiels permet de révéler la relative précision des scribes, au moins en langue vulgaire (même si l’on aurait aimé une distinction plus nette entre les actes notariés et les écrits d’administration), les connaissances en iconographie et en architecture permettent une critique serrée des données figurées – toutefois, une confiance trop grande me semble accordée à la représentation de la topographie des mas, notamment à propos de la situation de l’église (p. 120)[4]… Cette recherche offre donc, outre des résultats, un apport heuristique original, utile à l’ensemble des chercheurs; on pense en particulier à la restitution de la logique comptable du compoix de 1450 au chap. 6 (et sa critique de sincérité), au § II du chap. 9 «l’interprétation des rôles de taille en matière de succession», et à la contribution à l’appréhension des nihils dans les sources fiscales: si F. de Dainville et P. Gautier-Dalché ont précédé JD dans l’approche de sa vue figurée, il y a des réflexions tout à fait originales sur la nature de ce genre de source.

Le sujet, joliment intitulé, est habilement choisi, et il est très neuf: en zones d’habitat dispersé (beaucoup plus fréquentes dans le sud de l’Europe que ne le pense une historiographie obsédée par le village), les modalités concrètes de la seigneurie ou les structures économiques restent encore à étudier. Ce sujet manifeste le même va-et-vient entre le questionnement et les sources: le paysage, la richesse, le lien social et politique sont étudiés dans le cadre d’une micro-région, ce qui permet de tirer le maximum d’une documentation qui est belle (notamment les écrits issus de l’encadrement fiscal, les fonds consulaires et registres notariaux) mais non pas exceptionnelle, sauf une extraordinaire vue figurée (issue d’un conflit fiscal devant la cour des aides de Montpellier), véritable point de départ et fil conducteur du livre, qui est sollicitée à l’extrême. Le seul problème de ce corpus est un décalage entre l’étude socio-économique, que les sources restreignent au seul mandement de Sévérac, et les autres thèmes, abordés sur toute l’étendue de la baronnie. Plus largement, une telle étude ne peut être menée que pour le bas Moyen Âge, à travers actes privés, chartriers communaux, livres fiscaux et registres judiciaires, impliquant une sorte de hiatus avec les époques antérieures, différemment éclairées – mais JD n’est pas responsable de la nature de la documentation écrite de l’Occident médiéval…

Les défauts de cette «micro-histoire» sont assumés, et l’on peut même modérer les réticences de JD: un petit groupe de communautés est probablement l’échelle la plus pertinente pour l’histoire rurale, mettant en œuvre les mécanismes essentiels de la vie paysanne, même pour le bas Moyen Âge, qui voit une nouvelle forme de mise en relation avec l’extérieur, par la «naissance de l’Etat moderne» administrateur, et l’envahissement du lien social par le marché; l’excellente étude de la répartition des types de maisons rurales montre la pertinence de cette échelle, et le regret de n’avoir pu analyser finement, dans ce cadre, que les élites rurales (et non pas toute la population) devrait plutôt être une satisfaction d’être déjà arrivée à cela!

Pour une étude qui est fondamentalement sociale (même dans l’abord du paysage), la chronologie est judicieuse: la focalisation sur le bas Moyen Âge permet d’éviter les sauts qualitatifs au sein des sources, ces solutions de continuité qui sont si préjudiciables aux interprétations des évolutions sociales sur la longue durée. D’ailleurs, JD n’hésite pas à transgresser judicieusement son cadre temporel dans le dernier chapitre qui évoque la structure d’ensemble du peuplement, remontant inévitablement jusqu’à la révolution féodale, ou pour évoquer l’origine des lignages seigneurs de mas et de villages (p 283 sq). Sur le plan chronologique, il s’agit donc aussi de micro-histoire, focalisée par les sources sur un demi-siècle (1450-1500) – et il aurait peut-être fallu en poser plus explicitement les limites, peut-être plus graves que dans le domaine spatial: quelle est la représentativité de cette période? Héritiers de l’école des Annales, on manque un peu de «longue durée». Certes, des coups de sonde rétrospectifs dans les sources ou dans des études sur la région nous fournissent parfois la profondeur temporelle; ainsi, pour la domination de l’héritier universel, dont il est bien montré, pp 217 sq, qu’il n’est pas un fondement des «sociétés à maisons» mais le fruit d’une inflexion par rapport à des coutumes originellement plus égalitaires. Mais les pratiques agraires et les structures foncières nous apparaissent un peu intemporelles.

Le seul point sur lequel on pourrait récuser un peu le rapport entre le corpus documentaire et la structure de la réflexion réside dans la répartition des thématiques abordées, qui subit peut-être la «dictature» des sources. Le poids des registres fiscaux attire évidemment, classiquement, l’analyse de la société rurale vers son fonctionnement économique, et gomme de ce fait l’étude sociologique, principalement celle des dominants (les clercs, le groupe aristocratique), malgré leur insertion dans le tissu local. Faute de sources administratives cléricales, la dîme reste discrète, alors qu’elle est peut-être au cœur de la cospatialité étudiée au chap. 15. L’absence de coutumiers dissimule l’attitude envers les immigrés, les pratiques agraires collectives et tout simplement le poids de l’usage par rapport au droit, notamment dans les relations familiales. Bien sûr, il faut accepter de fermer des dossiers infructueux, mais il faut tout autant éviter l’effet d’aubaine de beaux fonds; ainsi, il n’existe, dans cette étude rurale (comme dans les autres), aucune source spécifique relative à la monnaie, alors qu’une réflexion sur le degré de monétarisation, à partir de tous les libellés de prix, pourrait expliquer en partie les stratégies successorales ou foncières... Mais JD ne prend pas son parti de la nature des sources, et elle les détourne, dans une mesure raisonnable, au service de sa démarche; ainsi, une des plus graves lacunes qualitatives de la documentation, l’absence de mise par écrit des contrats agraires à court terme, la conduit à reconstituer, hypothétiquement mais très habilement, le marché de la terre. De même, l’exploitation agricole (réalité socialement beaucoup plus pertinente que la propriété) est abordée ici, contrairement à beaucoup d’autres régions, à travers un exceptionnel compoix, pour pallier l’absence des contrats agraires.

A cet égard, cette recherche peut s’appuyer sur une solide historiographie localiste et régionaliste, mais celle-ci est principalement érudite – et c’est fort heureux pour des sujets aussi touffus que la fiscalité tardo-médiévale –, ce qui permet de s’en dégager pour établir librement un schéma d’analyse structurel et problématique spécifique. Les nombreux travaux du même niveau que cette thèse sur d’autres régions voisines, notamment ceux de M. Bourin, F. Hautefeuille ou J-L. Abbé, peuvent venir nourrir ce schéma, mais sans être écrasé par des paradigmes, notamment les modèles que sont devenus les les travaux de P. Toubert, P. Bonnassie ou plus récemment B. Cursente. Le comparatisme permet donc à ce travail d’être raisonnablement synthétique et donc utile à des utilisateurs «généralistes», très au-delà de son intérêt plus strictement régional.

La problématique fondamentale est l’articulation entre ce qui semble bien être l’atome social dans les régions d’habitat dispersé, le feu, et les entités qui le surplombent, l’encadrent et le relient à d’autres feux; bien sûr, si JD admet que la focalisation des écrits sur le feu atteste son rôle moteur, on pourra toujours invoquer «l’effet de source», notamment en prenant en compte la tradition documentaire différentielle, qui conserve seulement certains types d’écrits. Quoi qu’il en soit, même si cette thèse est une véritable monographie locale, abordant tous les grands traits des sociétés paysannes, l’échelle du feu lui fournit justement un scénario, évitant l’effet «tiroir» de tout plan bien détaillé; en outre, elle l’inscrit dans la riche lignée des recherches sur l’encellulement de la seconde moitié du Moyen Âge et sur les spécificités des sociétés «montagnardes». Loin de recherches récentes, d’ailleurs excellentes, qui prennent le même cadre micro-historique mais sont de plus en plus techniques et focalisées, c’est l’homme en société qui est au cœur de cette réflexion, précisément parce que celle-ci est globale. Le schéma explicatif d’ensemble de ce livre constitue une véritable thèse, au sens premier – ce qui montre que le cadre académique des premières recherches reste inégalable, quand il est utilisé à bon escient.

Les analyses de détail sont bien posées mais prudentes, avec une forte conscience des risques de la surinterprétation; chaque idée générale est avancée à la suite d’une véritable démonstration, dont la rigueur force presque toujours l’adhésion (par exemple. l’interprétation des reconnaissances de tenures du mas Carrier). La réflexion est d’une grande acuité et parfaitement informée du mouvement de la recherche. Le croisement des sources est systématique, et il est même utilisé pour structurer l’exposé en Ière partie. Les faits sont dégagés rigoureusement, souvent par quantification, puis sont recoupés, ce qui engendre des propositions, opératoires pour la thèse elle-même mais aussi – comme on l’a souligné plus haut – pour d’autres travaux, surtout quand elles sont confrontées aux propositions d’autres études équivalentes. Bien sûr, dans une recherche aussi approfondie, avec une documentation touffue mais répétitive, on est parfois tenté de prendre une occurrence exceptionnelle comme valable pour l’ensemble de la période étudiée: ainsi, p 74, la vaine pâture, attestée en 1301 et tenue ensuite pour une pratique indubitable, l’est-elle en tout temps? l’accord de 1330 entre Gaillac et d’autres mas peut-il être pris comme base pour étudier les liens effectifs entre habitats au sein des communautés, alors que le particularisme règne en ce domaine? Il est vrai que la réflexion est généralement très attentive à la chronologie.

Evidemment, dans le détail, on peut toujours éprouver quelques doutes:

– à plusieurs reprises, on pourrait expliquer certaines limites de la vue figurée par les simples difficultés techniques à représenter le relief dans son ensemble

– p 75, on peut se demander si le riche lexique des pâtures est employé avec une rigueur telle qu’elle permettrait de cerner des réalités matérielles spécifiques (une lexicographie systématique serait utile)

– p 90, la distinction sociale que procure l’ostal staga (maison à étage) n’est peut-être pas la même dans le castrum, où jouent des contraintes d’entassement, et dans les mas montagnards

– p 103 sq, dans l’analyse architecturale des fortifications, l’opposition entre défense passive et active est-elle pertinente (malgré les adaptations tardo-médiévales)?

– p 143, y aurait-il moyen de déterminer la dynamique de croissance du bourg de Séverac, depuis le haut (où est présent le château) vers le bas, comme on l’admet communément pour ce genre de topographie (à cause du rôle apparent des enceintes), ou du bas vers le haut?

– p 149, le compoix semble issu des prélèvements royaux (fouages), mais n’existe-t-il pas une fiscalité «municipale» qui pourrait au moins l’utiliser?

– p 202 sq. est-ce que des transactions foncières vénales pourraient échapper aux registres notariaux (cf l’atonie apparente du marché de la terre)? Plus largement, comment s’expliquent, dans un système qui semble assez cristallisé (au moins après 1480), les réussites financières qui propulsent des cadets dans la hiérarchie des contribuables?

– p 268, il est peut-être imprudent, sans comptabilités seigneuriales, d’affirmer que la seigneurie territoriale souffre moins que la seigneurie domaniale durant la crise du bas MA – cette dernière étant mieux éclairée, par les contrats agraires

– à divers moments, on se demande si l’alleu existe ou a même un sens. Autrement dit, la seigneurie domaniale est-elle issue d’une dépossession des cultivateurs?

– p 291-293, en admettant que l’origine des institutions communautaires soit très seigneuriale (peut-être à cause d’une approche trop juridique?), le seigneur les institue-t-il par intérêt ou sous la pression des hommes?

– en conclusion, la concordance spatiale des cadres sociaux que l’on estime forte en pays d’habitat groupé pourrait être fortement nuancée…

Du point de vue, plus épistémologique, des perspectives de recherche, la réflexion aurait pu être poussée plus loin dans quelques directions:

– le concept de territorialisation aurait pu être fructueux; ainsi, l’archaïsme de la polarisation paroissiale: les églises chefs-lieux ne se sont pas transférées dans les bourgs servant de capitale au mandement seigneurial, à cause de la persistance d’un important habitat dispersé; si la paroisse est antérieure au mandement, sa territorialisation est peut-être tardive, ce qui peut expliquer que le mandement seigneurial l’ignore (sauf en Laissaguès)

– les limites des terroirs sont évoquées brièvement, alors qu’une belle étude de la problématique frontalière (à partir des repères très précis du compoix de 1450) aurait pu en être faite, surtout quand on voit la longue résistance des terroirs des mas après leur désertion

– plus généralement, la notion même de terroir est acceptée sans discussion: ainsi p 72-73, il est remarqué judicieusement que la conception de l’espace agricole n’est pas partout organisée à partir de l’habitat, mais les terres des mas, d’après leur mode de localisation, forment-elles un véritable terroir par emboîtement?

– la toponymie est curieusement peu employée, alors que la microtoponymie des terriers permet de dégager un véritable système onomastique, en rapport assez étroit avec les paysages

– le concept de cospatialité est mentionné mais peu utilisé, alors qu’il est particulièrement utile en pays d’habitat dispersé, où beaucoup de fonctions sociales essentielles restent au niveau du feu

Sur le plan méthodologique, les approches sont diversifiées et rigoureuses, démentant l’idée (assez acceptable pourtant…) selon laquelle l’habileté de l’historien est inversement proportionnelle à la qualité des sources. D’ailleurs, avec une grande probité, JD n’hésite pas à mentionner, presque en confidence, les méthodes qui n’ont rien donné… Certes, l’apport est parfois implicite, mais il mérite d’être souligné, avec un peu de recul: dans le chap. 2, partir des sources puis les confronter seulement dans un 2e temps avec les analyses de géographie humaine permet d’inverser la démarche encore répandue de l’«introduction géographique à l’histoire».

Justement, un apport épistémologique majeur de ce livre est l’usage décomplexé de questionnements et de concepts géographiques, généralement avec une rigueur méritoire – même si, p 91, on passe un peu rapidement de l’espace représenté à l’espace vécu, occultant les simples «lois du genre» des sources, et si l’emploi du terme de «relief» pour désigner l’environnement est un peu réducteur. L’historien n’étant pas cartographe par vocation, on peut excuser quelques maladresses sémantiques – au-delà de la belle facture des cartes –, telles que le mention chiffrée des densités d’habitat (carte 7), alors qu’une représentation par plages de gris contrastés auraient été plus «visuelle» – au prix, il est vrai, d’une élimination du relief, en fond de carte. En revanche, la cartographie des types de maison à grande échelle p 170 me semble novatrice. Et la spatialisation des données, évidente pour l’étude du peuplement, est employée notamment pour analyser les productions, les modes d’exploitation et la structure foncière, ce qui évite l’abstraction. En outre, l’approche spatiale n’occulte pas les autres, et JD souligne que la répartition des types de maisons semble finalement plus socio-économique que topographique; de même, en dépit d’une formulation un peu déterministe, la répartition dans l’espace de la taille des mas est directement corrélée avec les modes d’exploitation.

Le comparatisme, dont il est fait grand usage, sert lui aussi une ambition de synthèse; généralement très fructueux, comme pour l’intelligence de la vue figurée du Sévéraguès, il est peut-être trop timide, privilégiant le proche (Quercy, Comtat Venaissin, Languedoc, Toulousain, Gévaudan), comme forcément plus comparable, par rapport au lointain. Ainsi, les enjeux socio-économiques de l’opposition fiscale entre consulats urbains et seigneuries rurales (dans tout le chap. 14) pourraient être éclairés par ce modèle incomparable que sont les cités-Etats d’Italie dès le XIIIe siècle. De même, les prés mis en défens spécifiquement pour les bœufs de labour (pastural de buous, signalés p 74) se retrouvent non seulement en Quercy et Provence orientale mais jusque dans le sud du Portugal (les coutadas de bois) ! Comme JD a eu la largeur de vue d’utiliser les travaux portugais du rapporteur, je note que des solutions d’aménagement de l’espace sont parfois communes, du Rouergue à l’Alentejo: les claus, assez exceptionnels sur sa vue figurée, ressemblent fort aux cortes du bas Alentejo attestés par les textes – ils servent d’abri aux troupeaux – ainsi qu’aux clos dessinés par Duarte Darmas dans son «Livre des forteresses» (que le livre cite d’ailleurs). Même si l’on ne peut pas tout lire, les nombreux travaux sur l’organisation spatiale en Limousin développés à la suite de B. Barrière, tout comme les recherches de P-Y. Laffont sur les estimes vivaroises et la synthèse de S. Langé sur la maison à l’époque romane[5] auraient pu apporter d’utiles points de comparaison. Je me demande même si l'on n'aurait pas pu pousser l'audace jusqu'à établir des parallèles avec le système de peuplement dispersé andalou du hisn et certains de ses caractères sociaux, comme la force de la structuration familiale des espèces de mas que sont les qarya/s…

Les nombreux calculs sur les données chiffrées sont utiles et convaincants et tiennent généralement bien compte des biais statistiques (même si les notions de mode et de médiane semblent peu utilisées); comme pour les cartes, on en voudrait presque plus – par exemple, les montants de la taille des animaux (tolte) pourraient-ils être mis en rapport avec les surfaces consacrées à l’élevage ou le nombre d’animaux? Au-delà des pures méthodes de calcul, irréprochables, permettons-nous seulement quelques remarques épistémologiques. Si le compoix impose un cadre administratif (la baylie) pour effectuer les calculs, il aurait au moins fallu critiquer ce cadre, qui peut dissimuler des logiques territoriales plus profondes, soit environnementales – et JD a bien discriminé, des «territoires objectifs» (vallée, causses et montagne) – mais également issues du processus diachronique d’humanisation. De même, la discrimination entre les différentes catégories de propriété (tableau 11, p 175) a une logique très arithmétique (par tranches de 2,5 et de 5ha), qu’il faudrait justifier. Mais ce que la quantification a d’arbitraire et de réducteur est compensé par une attention portée aux dynamiques.

D’autres approches sont tout aussi intéressantes, quoique prêtant inévitablement, elles aussi, le flanc à la critique.

– dans l’analyse des fonctions des fortifications, en partie dépendante des travaux des castellologues (indispensables mais très techniques), le facteur sécuritaire est un peu surévalué: s’il n’y a pas de maison forte dans les villages emmuraillés, ce n’est pas forcément parce que la défense y est assurée par d’autres moyens – mais la conclusion insiste bien sur la fonction de distinction sociale. Par ailleurs, désigner comme castrum un habitat ouvert autour d’un château me semble un peu abusif, mais c’est là un problème d’uniformisation lexicale – que la communauté des historiens peine à mettre en place, au contraire des diplomatistes...

– de même, l’usage du cadastre napoléonien pour étudier la topographie des mas est peut-être imprudent, étant donnée la grande liberté de mouvement des éléments de l’habitat dans les tissus lâches – et JD en est d’ailleurs consciente, qui signale de possibles évolutions sous l’Ancien Régime –: n’y avait-il pas des cartes des XVIIe et XVIIIe siècles disponibles? (c’est le seul domaine où elles auraient permis d’aller un peu plus loin que la vue figurée de 1504).

– l’utilisation des rôles de taille est novatrice, permettant d’établir finement le lien entre pratiques successorales et conjoncture économique (excellent chap. 9); mais peut-être est-ce un peu réducteur, à cause de la nature même (fiscale) des sources, restreignant les paysans du Sévéraguès à des homines economici: ce sont surtout le laconisme des sources privées et le caractère seigneurial des autres qui induisent que les solidarités (ici, les associations familiales) sont forcément négatives, simple réponse à une contrainte, et que l’individualisme prévaut en période de croissance

– autre méthode qui fera date: l’utilisation de l’anthroponymie dans une approche démographique de la population et du peuplement est excellente; dans une étude qui prend beaucoup en compte les feux, donc les trajectoires familiales, cette approche ouvre des perspectives sur les dynamiques familiales.

– le patrimoine foncier, éclairé par le compoix de 1450, est beaucoup et exemplairement utilisé dans l’analyse des comportements économiques et familiaux à l’échelle du feu; on peut s’étonner alors que cette donnée n’ait pas été étalonnée par la capacité contributive des feux, mentionnée par les rôles de taille, ce qui permettrait de voir si les terres sont réellement au cœur de l’économie et des pratiques sociales.

Comme une recension n’est pas un substitut de la lecture, nous ne résumerons pas les conclusions du livre, mais nous soulignerons, plus brièvement désormais, les acquis factuels de cette recherche, nombreux et de valeur, en insistant sur les points qui nous semblent les plus novateurs.

La mise au point sur la maison rurale est excellente et montre que les textes restent aussi utiles que les données matérielles – ce que démontre aussi un programme de recherches portugais sur ce thème –: outre la faible différenciation morphologique entre maisons des bourgs et des mas, l’adjonction d’un étage est partout un marqueur social, comme E. Le Roy Ladurie l’avait inféré des propos des habitants de Montaillou;

– le croisement des sources fiscales avec la représentation iconographique des mas est un apport précieux à l’estimation quantifiée du décalage entre feu fiscal et feu réel.

Le rapport entre les tendances à la dispersion/groupement et le milieu naturel est excellemment démontré; dans un domaine où certaines données physiques intangibles jouent à plein, cette démonstration peut servir d’exemple très au-delà du Rouergue. En outre, le poids des mêmes facteurs environnementaux dans des conflits intra-communautaires, en apparence socio-politiques, apparaît clairement.

Le rôle moteur du feu dans la topographie des habitats dispersés, en opposition à la polarisation par des bâtiments publics dans les tissus agglomérés, est avancé de façon convaincante.

La conception et la perception de l’espace par le cartographe de 1504 sont finement dégagées et constituent un apport important à ce champ où domine souvent l’impressionnisme – pour un public portugais, on pense à ce que les remarques de JD peuvent apporter pour l’étude des dessins de Duarte Darmas.

L’habile restitution de l’estimation de la valeur des terres dans le compoix de 1450 éclaire une logique fiscale véritablement financière (prise en compte de la productivité réelle des terres), probablement à l’œuvre dans beaucoup de registres moins explicites; c’est donc un jalon de plus dans l’étude du grand mouvement de vénalisation de la production et de l’échange qui conduit aux sociétés «modernes» en Occident.

La reconstitution des rythmes de culture à l’échelle de tout un «pays» est une donnée précieuse car rarement perceptible (autrement qu’à l’échelle de l’exploitation); les deux logiques d’élevage, seulement soupçonnées pour d’autres régions (notamment le Midi ibérique), sont ici démontrées – montagnards s’appropriant fortement les infertiles et accueillant le bétail transhumant en estivage sur les communs vs. habitants de la vallée privilégiant les prés et un usage restrictif des communs (sans estivage).

La saisie de la situation économique de chaque mas permet de remettre en valeur les facteurs «démographiques» (taille des mas), à côté de logiques que l’on pense principalement mercantiles: la vénalisation dont nous parlions précédemment affecte plus les mécanismes collectifs que les comportements individuels, au moins dans les régions d’agriculture peu productive.

L’opposition entre mas exclusivement paysans et ville (Sévérac) sans paysans montre que la distinction entre ville et ruralité est plus nette en pays d’habitat dispersé, au moins sur le plan économique.

Le rôle des cadets et immigrants et la différence de leur destin sont très bien mis en lumière et témoignent d’une relative fermeture aux étrangers, peut-être plus conjoncturelle qu’inhérente aux «sociétés à maisons»; belle démonstration de la capacité herméneutique d’une micro-démographie familiale.

Les rapports socio-politiques entre mas et chef-lieu castral, au sein des communautés de mandement, sont analysés avec une acuité rare et montrent que la représentativité des élus est assez égalitaire, même si la répartition fiscale et la participation à l’assemblée le sont moins; la simple identification de l’échelle de la communauté d’habitants (au niveau du mandement et non pas du terroir ou du groupe de mas) est un apport important.

D’ailleurs, le rapport est fermement établi entre la nature de la seigneurie (notamment son niveau dans la hiérarchie féodale) et l’évolution fonctionnelle, donc la morphologie, des habitats.

Au total, les critiques et interrogations de détail mentionnées au fil de cette recension sont finalement suscitées par la qualité même de la réflexion, que l’on voudrait encore plus poussée, notamment dans un sens systémique – mais ce léger manque d’ambition pourra aussi bien être loué par certains, ou même par la plupart, comme une salutaire prudence… On a là un livre d’une qualité exceptionnelle, un travail d’enquête avisé et intelligent, qui frappe avant tout par sa grande maturité. La sympathie du recenseur est corroborée par plusieurs jugements collectifs élogieux, de la part de jurys qui ont félicité unanimement la thèse, et qui ont octroyé à cette recherche le premier prix de thèses des collectivités territoriales (jusqu’alors octroyé exclusivement à des travaux d’histoire du droit) et le prix des thèses du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, permettant cette belle publication.

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[1] C’est le nom (occitan) de la région de Séverac-le-Château.

[2] Ainsi, pour l’analyse de la vue figurée, la contribution méthodologique de TORICES ABARCA, Nicolás, «Contribución de las representaciones gráficas al estudio del paisaje» in. Trillo, Carmen - Asentamientos rurales y territorio en el Mediterráneo medieval. Granada: Athos-Pérgamos, 2002, pp. 536-557 ou les travaux de P. Gilli pour les origines italiennes de la cartographie judiciaire.

[3] BOCHACA, Michel - «Les relations économiques entre villes et campagnes dans la France méridionale (XIIIe-XVe siècle). Bilan et perspectives de recherche» in Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, 163 (2005), pp. 353-384.

[4] Dans ce cas au moins, la confirmation sur le terrain est douteuse, car les tissus résidentiels lâches peuvent évoluer plus facilement que les habitats groupés.

[5] LANGÉ, Santino e.a. - L’héritage roman. La maison en pierre d’Europe occidentale. Liège: Mardaga, 1988.

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Referência electrónica:

BOISSELLIER Stéphane – "DUMASY, Juliette - Le feu et le lieu. La baronnie de Séverac-le-Château à la fin du Moyen Âge. Collection «CTHS histoire», 46, Paris: CTHS, 2011". Medievalista [Em linha]. Nº13, (Janeiro - Junho 2013). [Consultado dd.mm.aaaa]. Disponível em
http://www2.fcsh.unl.pt/iem/medievalista/MEDIEVALISTA13/boissellier1308.html

ISSN 1646-740X

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